25/05/2006

Le lotus d'or

Le Lotus d’Or

 

C’est ainsi que l’on appelle le pied bandé des femmes chinoises des siècles derniers.

Cette coutume remonte à plus de mille ans. Une légende dit que l’impératrice Ta Ki (1100 avant J.C.) souffrant d’un pied bot persuade son mari de décréter son infirmité comme canon de beauté et ordonne la compression des pieds des petites filles de la cour.

Certains auteurs affirment que la tradition est apparue vers le V° siècle, lors de l’essor du bouddhisme en Chine. Padmavati, fille d’une biche et d’un brahmane avait des sabots qu’elle dissimulait sous des bandes de soie. A chacun de ses pas une fleur de lotus apparaîssait.

Une autre tradition fait remonter le lotus d’Or à 996 après J.C. où l’empereur Li-yo tord le pied d’une de ses femmes pour lui donner l’aspect d’un croissant de lune. La mode se répand rapidement à toute la cour.

C’est à cette époque que la mode quitte la cour impériale et touche toutes les classes sociales. A la fin du XI° siècle, elle est généralisée à la société chinoise.

Le Lotus d’or tient son nom de la légende selon laquelle, au X° siècle, le roi Han Chu avait fait placer de fleurs de Lotus dans son palais. Sous chacun de ses pas, sa favorite, Phan Qui, faisait éclore les fleurs.

La tradition s’est perpétuée de mère en fille pendant près de mille ans. Le pied Lotus d’Or peut être compris comme un canon de beauté, comme un attribut féminin indispensable pour pouvoir trouver un mari. Aussi, les pieds bandés des filles deviennent le symbole du prestige de la famille.

 

 

Filles aux pieds bandés vers 1900

 

Le pied devient objet d’érotisme. La démarche imposée par de tels pieds, faite de petits pas accompagnés d’un balancement important des hanches, était considérée comme éminemment sensuelle. Les pieds, objets du désir masculin ne pouvaient être dévoilés que devant le mari. Montrer ses pieds nus en société est un véritable attentat à la pudeur. Les missionnaires chrétiens de la fin du XIX° siècle l’apprendront bien plus tard quand ils présenteront la Vierge de Lourdes aux pieds nus.

 

 

Femme se bandant les pieds devant son mari

 

Cependant, une autre théorie explique que le fait de bander les pieds des femmes, les rend beaucoup moins mobile. Dans une société chinoise de tradition matriarcale millénaire, le fait de rendre la femme moins mobile pourrait être interprétée comme une tentative de soumission.

Les petits pieds des femmes faisaient également la fierté de la société chinoise. Symbole du raffinement chinois, ils servaient à marquer la différence avec la rusticité de l’envahisseur mongol dont on disait que les femmes avaient de grands pieds.

Techniquement, le bandage des pieds doit être réalisé dès l’age de 4 ans. Les quatre derniers orteils sont repliés vers le bas si bien qu’ils ne sont plus visibles lorsque le pied est vu du dessus. La courbure du pied est creusée par la mise en place d’un cylindre sous le pied. Le pied se raccourci en se creusant. Si bien qu’il atteindra à peine 10 à 15 cm à l’âge adulte. Le bandage doit être porté jour et nuit. Il ne sera ôté que quelques instants chaque jour afin d’apporter les soins à base d’alcool de sorgho dans le but d’éviter les infections.

 

Chaussures chinoises traditionnelles

 

La tradition s’est perpétuée jusqu’à l’aube du XX° siècle. Si une première tentative d’interdiction de la pratique est apparue au XVII° siècle sous les empereurs mandchous, ce n’est qu’en 1911, avec la naissance de la république, que la tradition s’est peu à peu éteinte.

_________________________________________________Auquier Hervé______

23:47 Écrit par RVOK | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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